Si vous lisez, l'anglais, allez-y, chacun de ces articles est extrêmement intéressant en ce qu'il remet en cause deux des clichés les plus puissants sur les États-Unis :

Pour résumer grossièrement, les jeunes ne passent plus le permis de conduire, socialisent via les applis mobiles pendant le trajet en transports en commun et achètent en ligne, plus dans les boutiques des malls accessibles uniquement en voiture (la boucle est bouclée).

Mieux, l'imaginaire est peuplé par les outils technologiques plus que par les vrombissements de moteurs à explosion, la réhabilitation des centres villes permet de vivre sans voiture. Rien de ceci ne vous surprendra si vous lisez régulièrement le blog Transit City.

La crise économique est en partie responsable de ces tendances, surtout pour la désertion des centres commerciaux dont les coques sont vides de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps. Mais le retour aux centres villes et l'augmentation de l'âge moyen des détenteurs de permis de conduire (c'est la même chose en France pour l'achat des voitures neuves[1]) sont des mouvements de fond à ne pas négliger. Remember Detroit.

Je vous traduits les passages qui m'ont paru les plus intéressants dans ces articles :

Sur la car culture :

"Plusieurs éléments concordants nous permettent de supposer que nous sommes devant un glissement culturel de long terme" dit Momi Sheller, professeur de sociologie à la Drexel University et directrice du centre de recherche sur les politiques de transports. Elle cite différents facteurs : internet qui rend possible le télétravail et permet de se sentir connecté sans avoir à conduire pour rencontrer les amis. Le renouveau des centres villes a rendu les banlieues moins attractives et a attiré les jeunes couples. Pendant ce temps, l'apparition des applications d'autopartage ou de covoiturage a facilité la souplesse du mouvement pendulaire pour se rendre au travail, y compris avec les véhicules partagés pour aller au travail.

Sur la désertion des malls :

Le nombre de malls fermés a diminué en 2012 par rapport à 2011, malgré le renforcement progressif de l'économie. Quelques distributeurs bien connus en subissent les conséquqences : Aéropostale, par exemple, a vu son cours en bourse diminuer de presque 40 % en un an. "L'entreprise réduit la voilure, en fermant environ 100 boutiques, soit 10 % du total, et elle a été forcée à proposer de grosses démarques le trimestre précédent" écrit Pasquarelli, dont l'article a été publié en avril.

Les implications pour le terrain sont lourdes, puisque les espaces de vente et les centres commerciaux morts deviennent des signes de déclin d'un territoire. Dans certains cas, c'est même associé à problèmes de l'étendue suburbaine étant donné que les magasins et les parkings associés occupent beaucoup d'espace improductif et force les clients à conduire ailleurs et plus loin pour faire leurs courses.

Plusieurs bonnes et mauvaises nouvelles résultent de tout ça :

  • la baisse du nombre de kilomètres parcourus par individu fait diminuer les émissions de gaz à effets de serre, et aidera les États-Unis à diminuer sa pression sur le climat ;
  • la fin des centres commerciaux, hangars au milieu d'une mer de parkings, libère de l'espace en bordure des villes ;
  • corollaire de la bonne nouvelle précédente, la mauvaise : des hectares et des hectares de terrain sont à dépolluer, les sols des parkings sont en effet truffés d'essence, d'huiles... qu'il va falloir retirer si l'on veut faire quelque chose de ces espaces.

C'est toutefois "globalement positif" comme dirait l'autre, si tant est que les pouvoirs publics accompagnent ces mutations. Autrement, les populations les plus fragiles se prendront ces changements de plein fouet.


Sur la voiture et Paris, lire aussi :