AR.Drone, le premier drone altermondialiste

Vous connaissez les drones militaires ? Essentiellement utilisés par les armées américaines et israëliennes pour des frappes ciblées, ce sont des véhicules (en général aériens) de combat ou d'observation sans pilote. Vous avez tout plein de zoulis photos sur la page Wikipédia consacrée aux drones. Je vous parie l'apparition du drone militant, voire altermondialiste.

Le drone de combat, c'est moins cher qu'un avion furtif, mais ça reste cher. Et lourd. Et gros. Avec des cabines de pilotage dans le Texas, liaison par satellite et ce genre de technologies de pointe. Hors de portée du moindre particulier, tout juste bon à nourrir des fantasmes de guerre "zéro mort" ou d'espionnage par mini-caméra embarquée de la taille d'une mouche.

Mais la science-fiction devient de plus en plus abordable. Et voilà-t-y pas qu'une boîte française, Parrot, spécialisée dans les technologies sans fil, lance l'AR.Drone, un "quadricoptère" piloté par WiFi grâce à votre iPhone.

Pour de détails regardez donc les 2 vidéos ci-dessous, dégotées chez Presse-Citron.

Dans la 2e vidéo, un responsable de Parrot met l'accent sur les applications ludiques du AR.Drone, grâce à de la réalité augmentée. Ça sera un gros joujou pour trentenaires des parcs de beaux quartiers qui pourront jouer à la guerre en dog-fight presque pour de vrai.

Mais comme le joujou est doté de 2 caméras, vous imaginez bien que l'espionnage vient en tête à tout le monde (sauf aux commerciaux de Parrot, évidemment). Espionner son voisin, espionnage d'État, voyeurisme ordinaire...

On se rappelle que la police française va s'équiper (ou l'a déjà fait ? je ne sais plus) de drones, notamment pour contrôler les flux de manifestants et mieux surveiller les cortèges. Ou les quartiers dits "sensibles".

Le drone de la police, Elsa, (Engin Léger pour la Surveillance Aérienne), coûterait 35 000 euros. AR.Drone ne coûterait qu'entre 300 et 500 euros. Il est donc à la portée de n'importe quel mouvement militant. Il suffit que 50 militants donnent 10 € chacun, c'est bon. Les manifestants pourront lutter à armes égales avec les hélicoptères de la police et mieux maîtriser la topographie urbaine (merci BenKa pour l'inspiration) : rues dégagées, mouvements de "troupes"... Après tout est affaire de coordination entre l'état-major et la présence sur le terrain, encore que le drone peut être manipulé depuis la manifestation elle-même. Attendez-vous à voir apparaître une nouvelle brigade anti-émeute : la DCA anti-drone, équipée de flash-balls longue portée pour dégommer les drones espions des manifestants.

Pour l'instant, le fabricant permet de télécommander AR.Drone par ondes wifi, ce qui ne permet qu'une portée de plusieurs centaines de mètres, en théorie, Mais faites confiance aux bidouilleurs pour l'améliorer, sans toucher à l'équilibre du drone (propositions pour 1200 m et propositions de PC Astuces). Les tutoriels vont fleurir.

Concernant les possibilités logicielles de la bête, un drone de l'armée a bien été hacké côté informatique avec un logiciel russe à 25 $, un produit grand public ne devrait pas poser de problème. À nous les retransmissions en direct avec une caméra volante qui suit un reporter militant. Impossible de saisir le matériel en cas d'interpellation : il s'est déjà envolé ! J'imagine aussi très bien Greenpeace envoyer un tel appareil détecter des failles dans une centrale nucléaire ou une raffinerie. Quant aux applications dans le journalisme (de l'investigation aux paparazzi), elles sont infinies...

Ah, on va bien rigoler dans les manifs à partir de 2010 !

Mise à jour au 7 septembre 2010

Alors qu'une grosse manifestation se prépare contre la réforme sarkozyste des retraites, j'ai vu le 5 septembre dernier un reportage de M6 sur les paparazzi qui repoussent les limites (attention, titre racoleur). Sujet inintéressant sauf que les équipes de tournage suivaient un groupe équipé d'un drone espion : le FlyingOctoCopter.

30 000 € pour des clichés "exclusifs" de Paris Hilton "qui se lâche" sur la Côté, c'est un peu cher pour prendre des belles photos de son pavillon de Fontenay-sous-Bois. Mais rappelons que l'AR.Drone de Parrot est sorti et qu'il ne coûte que 300 € à la Fnac.

On n'en est pas encore à la bataille aérienne flics / syndicats dans le ciel de Bastille, mais je prévois sous peu une DCA anti-paparazzi.

Mis à jour au 17 novembre 2011

On y est !

Selon cet article de Wired, la vidéo ci-dessus est prise à Varsovie, durant des heurts (dépêche AFP), avec un Robokopter. L'image est superbe, le drone étant probablement équipé d'un gyroscope.

L'article pense que la vidéo du ciel va s'ajouter à la panoplie déjà impressionnante de la couverture DIY des Indignés de part le monde, et de tous les mouvement sociaux : vidéos postéss depuis des téléphones mobiles, flux en direct via des accès Wi-Fi gratuits en ville... Avec le drone, c'est un nouveau point de vue sur les manifestations et les violences policières.

Il est probable que le ciel soit interdit aux drones civiles, il est probable que cette interdiction ne soit pas respectée. Comme écrit plus haut, les batailles aériennes en ville vont bientôt devenir réalité.

Mise à jour du 4 janvier 2012

Je parlais plus haut de Greenpeace qui enverrait des drones dans des centrales (en fait, ils envoient carrément des militants). Hé bien Sea Sheperd s'en sert pour traquer les navires japonais chasseurs de baleines (le terme officiel est "prélèvement", sous de faux prétextes scientifiques) :

Nom de code : Nicole Montecalvo. Attributs : portée de 300 km, autonomie de plusieurs centaines d’heures, résistance à des vents de 50 nœuds. Dans la bataille sans merci qu’ils livrent aux chasseurs de baleines japonais, les militants écologistes peuvent maintenant compter sur une nouvelle arme bien plus sophistiquée que leur arsenal traditionnel : des drones.

Chaque matin au cours des deux dernières semaines, deux avions téléguidés ont ainsi décollé des bateaux des "eco-warriors" de l’ONG Sea Shepherd afin d’espionner et poursuivre la flottille japonaise lors de la chasse annuelle à la baleine dans les eaux antarctiques. Les engins, équipés de GPS et de caméras, ont pu fournir coordonnées, vidéos et images fixes des baleiniers qui tentaient d’échapper aux poursuites dans l’immensité des océans, et ce malgré des conditions météorologiques extrêmes.

Grâce à ces précieuses informations, le Steve Irwin, l’un des trois bateaux de la Sea Shepherd, a réussi à repérer le navire usine Nisshin Maru à 800 km au large de la côte occidentale de l’Australie. "Cela va être maintenant être une longue poursuite jusqu’à l'Antarctique afin d'empêcher la flotte nippone ..., déclarait, à la veille de Noël, Paul Watson, le fondateur de l’organisation de protection des mammifères marins, basée aux Etats-Unis. Mais grâce à ces drones, nous avons maintenant un avantage que nous n'avons jamais eu auparavant : des yeux dans le ciel."

Mise à jour du 25 juin 2013

Alors que la place Taksim est le théâtre de manifestations sur le même modèle que les #occupy de part le monde, ce petit article de Slate : Turquie: la police descend le drone d'un manifestant, avec une vidéo qui semble corroboré ce que je disais sur la police qui descendrait les drones militants.

La semaine dernière, Jenk a publié une vidéo de ce qu’il présente comme son drone se faisant descendre par la police, rapporte TechCrunch. Les images de l’incident montrent un petit drone faisant du surplace dans le ciel avant de se faire violemment abattre par ce qui ressemble à une sorte de coup de feu.