Les Le Pen et leurs comédies pré-électorales

Avant chaque élection, ils nous font le coup. "Ils" ? Les Le Pen, père et fille. Aussi loin que remonte ma mémoire électorale, c'est-à-dire 2002 pour les présidentielles, le FN a toujours joué la victimisation, le complot des élites bien-pensantes contre la vérité cachée de la majorité silencieuse. À chaque fois, pour occuper le terrain médiatique, une comédie se joue sur les parrainages nécessaires à la candidature à la présidentielle.

1995, Le Pen gêne Robert Hue et Philippe de Villiers

Ce reportage de France 3, on apprend que Le Pen a déposé ses 500 signatures "après plusieurs jours de polémiques". Les pressions sur les maires sont exercées par des "présidents de conseils généraux", ainsi que Robert Hue ou Philippe de Villiers (alors président du conseil général de Vendée).

Le Pen évoque aussi les pressions sur des "maires félons" dans ce reportage de France 2, à 1 mn 10.

Ci-dessous, dans "Carnets de campagne", le 28 mars 1995, c'est même la première question posée au candidat du FN. On apprend que le pauvre Jean-Marie en faisait même des insomnies.

2002, les "pressions des chiraquiens"

Le sujet de France 2 ci-dessous nous montre deux candidats "en difficulté" pour récupérer les 500 parrainages. Le premier exemple, Jean-Marie Le Pen qui aurait du mal à convertir les promesses en parrainage officiel.

Précisons tout de même que 2002 a vu pas moins de 16 candidats ! Un record du genre. Les vannes des partis principaux étaient ouvertes pour les "petits" candidats (Mégret, Lepage, Taubira, Besancenot, Chevènement...) avec le succès que l'on connait.

D'ailleurs, qu'on réfléchisse un instant, dans le contexte de ces élections, à l'impact d'un parrainage de maire pour un candidat. Ces élus ont une lourde responsabilité, c'est pourquoi à mon avis leurs signatures ne doivent pas être anonymes : ils doivent assumer le choix, leur choix, devant leurs électeurs de permettre à un candidat de se présenter aux suffrages citoyens.

Imaginez que Jean-Marie Le Pen n'ait pas récolté les 500 signatures d'élus en 2002, c'est l'histoire contemporaine française qui aurait été bouleversée.

2004, les régionales de PACA

Traumatisés par le "21 avril" (encore à l'endroit) moins de 2 ans auparavant, nous imaginions déjà la vague brune continuer à monter. Les craintes se concentraient sur la Provence, où Jean-Marie Le Pen avait annoncé sa candidature en tête de liste. On voyait déjà la Provence aux mains de l'extrême-droite, un Orange, un Toulon, un Vitrolles puissance un million ! La mort de la culture à l'échelle régionale, les milices dans les campagnes, etc.

Et puis... et puis une bête histoire de domiciliation électorale, l'absence d'impôts locaux payés sur la bonne région... Jean-Marie crie au complot, aux barrières de la pensée unique qui l'étouffent, à la fausse démocratie, à la mascarade électorale...

Mais personne ne pense sincèrement qu'une telle bourde ait pu être commise par un parti qui deux ans plus tôt voyait son candidat au 2e tour de l'élection présidentielle.

Finalement, le raïs du FN lâche l'affaire et laisse le parti investir un inconnu, Guy Macary. Tandis qu'un homonyme du socialiste était investi par les concurrents mégrétistes, Alain Vauzelle. Au final, le FN fait tout de même 22 % au premier tour, pour plafonner à 21 % en triangulaire au 2e tour. Michel Vauzelle, tête de liste socialiste, fait 45 %; soit 17 points de plus que Renaud Muselier (résultats officiels).

Articles de l'époque :

2007, on continue mais en plus optimiste

Le ton de cette campagne, 5 ans après 2002 et le succès du Front national, est résolument plus volontaire et optimiste. Les promesses de parrainage afflueraient presque.

Dans Le Parisien du 8 avril 2006, par exemple :

Où en êtes-vous de la recherche de vos parrainages pour 2007 ?

Je suis beaucoup plus optimiste qu'en 2002. Les psychologies ont changé. Les élus se rendent compte de la gravité de la situation dans laquelle nous sommes plongés. Ils pensent tous, même lorsque ce sont des adversaires politiques, que ma présence est nécessaire dans le débat national de 2007. La crise que nous vivons depuis quelques mois a certainement débloqué les choses.

Lors des universités d'été, c'est quasiment déjà fait :

«La situation pour la quête des parrainages est favorable», a dit le président du FN, «plus favorable qu'en 2002». Et d'ajouter que les espérances de voix que lui donnent les sondages sont «le double de ce qu'ils étaient à la même période en 2001». (article du Figaro)

Pourtant, à l'approche de la date butoir, Le Pen évoque une "véritable galère" (dépêche dans Le Figaro) :

«C'est une véritable galère que de récolter ces parrainages de maires quand on est un candidat qui n'a pas une implantation municipale comme la plupart des quatre grands partis», a lâché Jean-Marie Le Pen sur France 3, mercredi. Et si «Bruno Mégret nous apporte quelques signatures supplémentaires, nous serons très contents» a-t-il ajouté.
Et le président du Front National de soutenir encore une fois : la loi imposant le parrainage de 500 élus pour pouvoir être candidat à l'élection présidentielle «a été faite très spécialement, notamment contre moi».

Heureusement, tout est bien qui finit bien : Jean-Marie Le Pen aura bien ses parrainages, mais ne rééditera pas son exploit de 2002 et finira en "4e homme" derrière François Bayrou, même si en terme de voix sa performance de 2007 est comparable à 2002.

2012, même scénario pour un casting rajeuni

Alors que Marine Le Pen veut montrer que le style du FN change, voilà une méthode qui pourtant n'a pas été stoppé. Ça fonctionne bien, ça occupe le terrain, pourquoi s'en priver ? Nouveauté toutefois, Marine Le Pen a demandé officiellement la fin de la publicité des parrainages. La présidente du FN avait tout de même réussi à embarquer Corinne Lepage et Christine Boutin dans sa cause.

La demande a été refusée. Elle était, rappelons-le, déposée au dernier moment, alors que Marine Le Pen aurait pu s'occuper de ce problème depuis 5 ans. La publicité des parrainages n'a pas été créée pour les élections de 2012 !

Le 16 mars, fin du suspense, la dernière dizaine de parrainages nécessaires est arrivée, et le Front national aura bien une candidate à l'élection présidentielle.

Ne surtout pas gagner

Le FN historique, celui de Jean-Marie Le Pen, a une peur bleue, celle de gagner. Si les rapports à la conquête du pouvoir semblent s'être modifiés avec Marine Le Pen, son père n'a quasiment jamais été candidat aux législatives, sauf avec l'assurance de gagner. J'en veux pour preuve l'absence d'implantation locale de la plupart des dirigeants frontistes. Avec Hénin-Beaumont, Marine Le Pen change la donne et montre qu'elle veut utiliser le système électoral pour gagner. Même si elle utilise encore les vieilles ficelles paternelles pour attirer l'attention. Comme on dit : "attention whore".