Ces Verts décidément jamais comme il faut

À la toute fin 2011, j'avais commis un billet critique sur un article du Monde, qui me faisait dire que les Verts n'étaient jamais comme il faut.

Il y a un paradoxe avec cette presse (paresseuse ?). Elle raille notre amateurisme présumé ou réel à chaque occasion, moque nos divisions internes incessantes qui nous empêchent d'avancer, les regrette parfois.
Mais qu'on devienne un parti un peu plus "sérieux" (je mets sciemment des guillemets) et qu'on abandonne ce qui nous condamne à l'impuissance politique et là, c'est dommage, les écolos s'assagissent, perdent leur originalité, voire deviennent avides de pouvoir, les vilains !
Comme si l'écologie politique devait rester ces gentils clowns qui nous donnent mauvaise conscience. Avec encore un paradoxe : cette même presse loue les Grünen, tellement efficaces, et nous critique quand on tend à les rejoindre en terme de score ou de participation au pouvoir.

Ça continue encore aujourd'hui avec l'installation des nouveaux députés à l'Assemblée nationale, nos 17 élu-e-s et le nouveau groupe parlementaire.

Trop de députés ?

Tout d'abord, on nous reproche d'avoir trop de députés par rapport à notre score de la présidentielle, ou même des législatives. Respectivement 2,3 % et entre 3,9 et 5,46 % selon que l'on prend en compte ou non les circonscriptions avec accord PS. Soit des chiffres qui correspondent en pourcentage des 577 députés de l'Assemblée nationale à 13 députés (score Eva Joly), 22 (score en "autonome" très théorique) et 31 (score affiché par l'Intérieur).

FRANCE-POLITICS-ASSEMBLY-PARLIAMENT

Avec 17 députés nous représentons donc 2,9 % des députés. Certes sans accord nous en aurions eu 0, ou 1. Mais que l'on ne nous fasse pas le reproche de ne pas dénoncer depuis le début de notre existence en tant que parti de ce manque de représentativité. Nous sommes partisans d'une proportionnelle intégrale corrective (à l'Allemande) qui n'enlèverait pas l'attache territoriale de députés et permettrait de faire siéger à l'Assemblée l'ensemble des forces politiques légitimes (qui font plus de 5 % des voix par exemple).

Sans député, nous étions impuissants pour encore 5 ans et il est probable que la même presse et les mêmes râleurs qui fustigent notre "arrivisme", notre "avidité" de places auraient moqué notre manque de sens politique, noter absence de savoir-faire en négociation, notre incapacité à faire des compromis.

Le vote pour le Perchoir

La bataille pour une présidence de commission (en l'occurence celle du développement durable), refusée par le PS alors qu'elle était revendiquée par le groupe écologiste. Résultat, pour marquer leur désaccord, les députés ont donc voté blanc lors du vote pour la présidence de l'Assemblée. Un vote qualifié de première rébellion, de signe de protestation. En un mot un avertissement même si ce vote ne remet pas en cause notre participation à la majorité ni la volonté de travailler avec les socialistes.

Ce non-respect de l'accord EELV-PS n'est que la goutte d'eau après des dissidences meurtrières qui auraient fait perdre une dizaine de députés aux Verts, l'éviction de Bricq à cause des forages guyanais... C'est plutôt sain et les accusations d'ingratitude à base de "ils mordent la main qui les nourrit" ne peuvent m'empêcher de penser qu'un vote bien discipliné aurait provoqué des commentaires sur notre capacité à avaler des couleuvres pourvu qu'on ait le maroquin et les postes.

Procès en légitimité

Un point et un seul à retenir : NOUS SOMMES LÉGITIMES.

Si nous avons obtenu un groupe parlementaire grâce à des négociations entamées très en amont (plus d'un an à l'avance, dans la continuité des négociations pour les sénatoriales de 2011), nos relations avec les socialistes ne dépendent pas seulement de négociations : nos places dans les exécutifs municipaux et régionaux sont le fruit de rapports de forces électoraux, ou les votes ne sont pas toujours les mêmes d'un groupe PS à un groupe EELV : prenez l'exemple de Rhône-Alpes et Lyon qui a conduit Gérard Collomb à se venger en abattant Philippe Meirieu.

L'accord législatif est le fruit de tractations dans une salle enfumée tout autant que le résultat de plusieurs années de bons résultats aux élections locales et d'un partenariat plutôt fructueux voire équilibré, parfois houleux mais la politique c'est aussi le débat houleux, dans plusieurs régions et grandes villes. Sans accord aux législatifs, nous nous serions peut-être laissés aller à ne pas fusionner les listes aux prochaines municipales. Ça n'aurait pas été très responsable mais c'est un danger dont le PS était sûrement conscient.

Pour être mauvaise langue, j'ajouterai que dans la plupart des exécutifs où nous siégeons aux côtés des socialistes et communistes, nous montrons une indépendance d'esprit et de vote bien supérieurs aux autres partenaires du PS, pourtant plus prompts à dénoncer nos collusions. Je dis ça, je dis rien.

Alors oui je l'écris en capitales parce que ce procès en légitimité est gonflant. Qu'on nous critique sur le bilan, les idées (et ça ne manque pas les points clivants avec les autre partis politiques), les projets voire la manière de gouverner (jeans, tweets, tout ce que vous voulez) mais qu'on cesse de nous reprocher tout et son contraire.

Commentaires

1. Le mercredi 27 juin 2012, 12:19 par Alain Refalo

Merci Adrien pour ce billet qui dit clairement et tout simplement la vérité et qui remet les pendules à l'heure par rapport à un certain nombre de critiques aussi infondées qu'injustes vis à vis d'EELV. Le groupe écologiste à l'Assemblée montre qu'il est une force autonome qui saura dire oui quand il le faut et dire non quand il le faut aussi ! C'est cela aussi, malheureusement, faire de la politique autrement. C'est s'efforcer d'être cohérent sans être jusqu'au-boutistes, c'est résister sans être déloyal. Bref c'est faire de la politique sans se renier, sans renier les valeurs auxquelles on est attaché. Le PS ne l'a pas encore compris. Tant pis pour lui.

2. Le mercredi 27 juin 2012, 12:45 par lebrubru

Ça fait plaisir de voir écrit (bien) le fruit de ma réflexion personnelle que je n'aurais jamais réussi à exprimer aussi clairement. Merci.

3. Le mercredi 27 juin 2012, 16:29 par papimoins

Adrien, tu crois que le FN, sans parlementaires nationaux , n'avait pas d'influence, qu'il en aura plus maintenant qu'il en a, qu'il en avait avec un groupe en 86-88 , que le PS n'est pas plus proche de l'UMP que des écolos, que ne sont pas hypocrites ceux qui ne focalisent pas sur la pression à exercer sur les décideurs locaux ?
avec un accord avec le PS, comment appeler au boycott économique de ceux qui commercent avec les soutiens des régimes non démocratiques , à l'égalisation des revenus entre chomeurs et travailleurs (à finalité souvent toxique ou superflue dans une société allant vers l'autogestion) ?