La mythologie militante me gonfle

Extension de ce tweet :

Je lis ici ou là que la ZAD, zone à défendre, de Notre-Dame des Landes serait un "nouveau Larzac". Depuis que je milite je rencontre des nostalgiques de Mai-68, qu'ils l'aient vécu ou non. On n'a cessé de comparer l'élection de François Hollande avec celle de François Mitterrand, à jouer au jeu des 777 différences entre Bastille 81 et Bastille 2012.

C'est parfois diffus, parfois une volonté de communication politique. C'est toujours un appel à la mythologie militante, de ces "grands moments" fondateurs qui nous font parfois remonter à 1936 (et pourquoi pas 1789 ?).

Or, et j'enfonce là des portes grandes ouvertes, ce n'est plus la même époque. Ces références systématiques à ces moments ne font que générer de la frustration parmi les générations qui ne les ont pas vécus, de la déception parmi les générations qui les ont vécus. Parce que bien sûr, on a retenu le meilleur : les 100 premiers jours de Mitterrand, la victoire du Larzac, la formidable libération sociale et les avancées salariales de 1968. Parce qu'évidemment, c'est jamais pareil, c'est toujours moins bien.

Il faut évidemment connaître ces épisodes, car l'Histoire est indispensable, avec un regard critique. Tout en connaissant aussi les épisodes moins mythifiés, tout aussi importants finalement.

Pour savourer NOS moments

Non, Notre-Dame des Landes n'est pas un "nouveau Larzac". Les enjeux ne sont pas les mêmes, l'époque n'est pas la même. Ce ne sera pas un nouveau Larzac et ce n'est pas grave. Ça n'empêchera pas cet épisode de devenir une pièce fondatrice du militantisme écologique et/ou agricole.

Cette référence permanente au passé empêche de voir ce qui donne son caractère à ce combat : la préservation des terres agricoles, l'inutilité d'un grand projet dépensier, le questionnement de l'avion, l'aménagement du territoire... Les outils contemporains et les préoccupations militantes d'aujourd'hui sont différentes du passé, les enjeux aussi. Ils sont bien assez importants pour qu'on ne cherche pas à comparer : Notre-Dame des Landes est Notre-Dame des Landes et c'est comme ça qu'il doit être appréhendé, pas comme un "Larzac 2012" qui serait au Woodstock originel ce qu'ont été les festivals suivants.

Et qu'en 2053 notre génération ne gonfle pas les jeunes militants en louant leurs combats, leurs actions tout en disant : "c'est un nouveau Notre-Dame des Landes". Ou que ces jeunes nous donnent des baffes pour la peine.

Commentaires

1. Le samedi 17 novembre 2012, 19:02 par Seb

Un point m'a d'ailleurs frappé en visionnant le documentaire « Tous au Larzac » est que les types d'actions menées à NDDL sont celles du Larzac, ni plus ni moins. En tant que nantais, je suis de près ce sujet, mais je ne connaissais pas le Larzac, ou très peu.

Alors que le contexte est très différent ( projet mené par des élus locaux, dans un but d'aménagement du territoire, sur du long terme ), les opposants utilisent les mêmes outils, sans plus d'imaginations. Je n'en tire pas de conclusions particulières sur le fond, mais c'est peut-être pour cela que les opposants parlent de "Larzac 2012".