Voies sur berges : pas d'apocalypse
Par Adrien Saumier le lundi 28 janvier 2013, 17:20 - paris - Lien permanent
Aujourd'hui lundi 28 janvier 2013, les voies sur berges rive gauche ferment aux voitures, pour être rendues aux piétons et flâneurs, avec restaurants, lieux de spectacles, etc. On nous promettait une apocalypse de bouchons dès le premier jour. Ça n'a pas été le cas.
Une droite à côté de la plaque
Le groupe UMP du Conseil de Paris promet "Embouteillages dantesques, bruit et pollution", comme si Paris en était exempt aujourd'hui. Et Rachida Dati sort l'argument pro transports en commun : "Aucun transport collectif alternatif efficace n'a été prévu". De la part d'un parti qui a systématiquement combattu les voies de bus, c'est amusant.
Toutes cette agitation se répète à chaque fois que, depuis maintenant 10 ans, la municipalité parisienne décide de retirer un peu d'espace à la voiture pour rendre un peu de chaussée aux piétons, aux vélos, aux bus, aux tramways. Le même cirque se tient dans chaque ville qui fait également ce choix d'arrêter de consacrer 80 % de son espace public (voirie et parkings) aux voitures qui ne concernent jamais plus de 50 % des déplacements.
Souvent (je dis bien "souvent", il y a heureusement des exceptions), la droite préfère défendre les automobilistes, en arguant que les pauvres prennent leur voiture. Sans jamais proposer une alternative à la voiture. Une suppression d'un parking ou d'une rue devenue piétonne devient une atteinte insupportable à la liberté de circuler (comme si le voiture était le seul moyen de locomotion pour les humains).
Au début des années 1980, le parc de Buttes Chaumont était ouvert aux voitures. Si si ! Incroyable mais vrai. On a peine à imaginer à quel point pendant les Trente glorieuses Paris était livré aux voitures, quitte à saccager des places, des avenues ou les berges (voir à ce sujet le plan autoroutier pour Paris). Un article édifiant fait le point sur le combat des riverains pour profiter de la pelouse sans la proximité des voitures :

Plusieurs associations, "Les Droits du Piéton", "Les Amis de la Terre", le Comité "Sauver Paris", l’Union parisienne des Consommateurs "Que Choisir" ont interpellé Madame NEBOUT, Maire Adjointe chargée de l’Environnement sur la présence de voitures circulant à l’intérieur des Buttes-Chaumont.
[...] Début Mars, avec quelques mois de retard sur les promesses du Directeur des Parcs, Jardins et Espaces Verts, ont fait apparition aux Buttes Chaumont des barrières blanches matérialisant l’interdiction d’accès aux allées interdites à la circulation automobile.
Reste à obtenir, désormais, l’interdiction totale de la circulation automobile dans le Parc. Une affaire à suivre.
Trouve-t-on aujourd'hui une seule personne pour le regretter ? Non, et je vous parie que ce sera la même chose dans quelques années quand tout le monde profitera des berges parisiennes, à l'image de ce qui s'est fait à Lyon ou Bordeaux et où personne ne songerait à en faire des autoroutes urbaines.
Comme le dit Oivier Razemon, le talentueux blogueur (L'interconnexion n'est plus assurée) : Bref, l'aménagement des voies sur berges, c'est comme le #pacs. C'est un scandale et, 6 mois plus tard, tout le monde trouve ça très bien!
(tweet)
Sur le même sujet :
- Redonner vie aux cours d'eau urbains par votre serviteur ;
- La traversée des Murs à pêches à Montreuil, par Patrick Petitjean, élu montreuillois
- 40 millions d'automobilistes s'opposent à une fermeture qui n'aura pas lieu, à propos de l'autre voie sur berges, qui n'a pas été fermée mais simplement rendues plus civile (avec les mêmes cris d'orfraie habituelle).
Illustrations : affiches de Carfree France, certes un peu violentes mais très parlantes.


Commentaires
Autre rappel : le Bois de vincennes fermé à la circulation auto.. ça a du gueuler à l'époque. Et depuis ?
On me signale qu'on se garait sous la Tour Eiffel, je me rappelle une photo qui montre le parvis de l'Hôtel de Ville servir de parking...
Il me semble pour l'avoir pris récemment qu'il subsiste bien une sorte d'autoroute urbaine en plein coeur de Lyon, juste pour rappeler que Paris n'est pas tant à la traine