Le monde entier laisse tomber la voiture. Paris aussi

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on l'a échappé belle. Si l'on en croit ce plan sorti dans un numéro de Paris Match de 1967, Paris aurait pu être recouverte de voies rapides, pourquoi pas sur pilotis, parfois en souterrain mais la plupart du temps à l'air libre, quitte à détruire des milliers de logements et à recouvrir le canal Saint-Martin et obérer pour longtemps toute qualité de vie dans des pans entiers de la ville. Le plan est détaillé sur Wikipédia mais la carte ci-dessous est déjà assez éloquente.

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Fort heureusement, ce plan n'a jamais vu le jour. Remercions-en Valéry Giscard d'Estaing ou le Choc pétrolier. Vous me direz que des villes ont appliqué un plan similaire : les autoroutes urbaines sont légion à Shanghai, Tokyo ou en Amérique du Nord.

Certes, mais ce qui est intéressant c'est le retour à une conception des déplacements plus proche du piéton qui prévaut aujourd'hui. Prenons les exemples de Séoul et de New York, deux villes qui évoquent la voiture, surtout New York. Et pourtant...

Séoul

Depuis 2005 la rivière Cheonggyecheon est revenue à la vie, là où passait auparavant une autoroute. La rivière était souterraine, oubliée... Plusieurs décennies et 1,2 milliard de dollars plus tard, l'axe a changé : les mètres cubes d'eau ont remplacé les véhicules motorisés.

La température moyenne des abords de la rivière aurait baissé de 3,6 °C, quant à la qualité de l’air, elle s’est grandement améliorée. Au rayon urbanisme, le projet a également permis de relier 2 quartiers que l’évolution de la ville avait séparé. Sans parler du plaisir de la promenade[1].

Plus récemment, la Ahyeon Overpass, construite en 1968 (tiens donc, même époque que les projets fous décrits plus haut) a été rendu aux habitants le temps d'une fête, avant sa destruction définitive. La photo de la fête réservée aux piétons n'est pas sans rappeler le festival de La Voie est libre, lui aussi organisé depuis 2009 sur une autoroute issue du tout-bagnole des années 60 et promise à la démolition au profit d'un transport en commun, ici le tram T1.

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Même New York !

New York n'est pas Los Angeles mais l'image qu'on en a, merci Hollywood, c'est le bruit des voitures, les centaines de taxis jaunes... Et pourtant New York aussi a diminué l'espace dévolu aux voitures, et pas qu'un peu, regardez donc.

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Je vous invite à parcourir cet article fabuleux qui propose 25 exemples de ce type : Before & After> 25 of New York City’s Most Transformative Road Diets.

Le plus drôle, c'est que ce n'est pas sous un maire particulièrement gauchiste que ces modifications se sont mises en place, mais sous le mandat de Bloomberg, qui avait compris que le tout automobile créait stress, embouteillages, bruits et maladies.

Et Paris alors ?

Même chose pour Paris, qui a la chance de revenir de moins loin et de ne pas devoir gérer un héritage plus lourd. Les voies sur berges sont en passe ou ont été civilisées, les voitures roulent moins vite partout dans la ville.

Les écologistes proposent d'aller encore plus loin en rendant les berges totalement aux Parisiens, avec ce qu'il est convenu d'appeler un "Central Park" au bord de la Seine. Attention c'est joli.

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Tous les détails sont sur le site de campagne : Plus belle la Seine, un Central Park le long de la Seine

Pour les abonnés, les détails dans Le Parisien : Municipales : Najdovski (EELV) veut«créer un Central Park en bord de Seine »
Et le JDD en avait déjà un peu parlé : Najdovski : "Une coulée verte et un tram le long de la Seine"

Je m'en voudrais de ne pas évoquer notre projet plus local de la Place d'Italie ou celui de nos camarades autour de Bastille.

A l'avenir toutefois, il faudra s'occuper également, à l'échelle du Grand Paris, des rocades comme la Francilienne qui ne valent pas mieux pour leurs riverains que la rocade Bagnolet ou la "pénétrante Vercingétorix" de 1967. Et ne parlons pas du périphérique, qui à terme, c'est inéluctable, s'intégrera à la ville soit comme boulevard urbain soit en disparaissant : c'est Le Monde.fr qui le dit.