Quand les entreprises s'emparent des villes

Je viens de lire coup sur coup deux articles que je ne peux m'empêcher de lier entre eux.

Le premier sur San Francisco et ses loyers qui s'envolent, son immobilier qui flambent et les entreprises de technologies de l'info qui refusent de participer aux biens communs (les transports par exemple, avec les Google Bus).

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Le deuxième sur Saint-Denis dont le quartier d'affaires se bunkérise à cause de la mauvaise réputation de la ville en matière de sécurité (alors qu'il y a plus de vols à la Défense par exemple), ainsi que la faible influence qu'a l'arrivée de ces milliers de salariés sur le commerce local et la vie des habitants.

La radicalisation des « anti-high-tech » bouscule San Francisco

Au cœur des protestations : la crise du logement. Avec leurs rémunérations élevées, souvent au-delà des 100 000 dollars par an, les employés des sociétés high-tech alimentent une rapide inflation des prix. « Le problème dure depuis des décennies », indique Adrian Covert, du Bay Area Council.

Dans la ville, comme dans les communes de la Silicon Valley, les constructions de logements n'ont pas suivi l'évolution démographique. « L'an passé, 30 000 emplois ont été créés à San Francisco, mais seulement 120 logements ont été bâtis », poursuit-il.

L'exaspération est aussi alimentée par le sentiment qu'Edward Lee, le maire démocrate, se soucie davantage des sociétés high-tech que de ses administrés. « Chaque mardi, il rend visite à une start-up. Chaque mercredi, nous l'invitons à rencontrer une de nos sections. Il n'est jamais venu », regrette Larry Bradshaw, vice-président de la section locale du syndicat SEIU (Services Employees International Union).

Saint-Denis : le nouveau quartier d’affaires du 9-3 se bunkérise

Pas de commerces ou de bistrots

Pour se protéger, les entreprises créent des mini-villages des temps modernes en leur sein : salle de sports collectifs chez SFR, tisaneries avec boissons à volonté à la SNCF, terrasses ensoleillées chez Orange business… Le paternalisme du XXIe siècle fait de son mieux pour que les salariés ne sortent pas de leur prison de verre. De toutes façons, aux alentours, aucune attraction en vue.

Eric Chollet, secrétaire national de la CFDT cheminots, remarque : « Même Guillaume Pepy mange à la cantine, faute de choix ! »

La ville et l’agglo ont beau avoir placardé le quartier de promesses de commerces de proximité, pour l’heure, seul un mini supermarché et quelques restaurants de chaîne se battent en duel pour offrir une alternative au self. Dehors, aucune boulangerie à plus de deux kilomètres à la ronde dans ce quartier d’affaires où l’on compte seulement un habitant pour trois salariés.

Il y a un gros projet dans le 13e arrondissement, celui de la Halle Freyssinet et ses 1000 start-ups (un de nos thèmes de campagne pour les municipales 2014).

Paris n'est pas comparable à San Francisco, ni à Saint-Denis. Les loyers sont déjà bien trop élevés par exemple. Néanmoins, en terme d'intégration avec le quartier, il faudra être vigilant : implication des riverains, des commerçants locaux...

La photo est belle, le projet enthousiasmant, sa réalisation grandiose, mais c'est sur la durée et sa vie qu'on le jugera. Pour que dans 5 ou 10 ans aucun article ne puisse titrer "L'incubateur qui fait flamber l'immobilier du sud du 13e", "La contestation contre les nouvelles technogies dans le quartier de la Bibliothèque" ou encore "Ces start-up bunkérisées".

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