La France moche ou "défigurée" selon Valeurs actuelles

Dans son dossier du numéro 4050, paru le 10 juillet 2014, Valeurs Actuelles, VA pour les intimes, s'attaque à "la France défigurée". Et quoi de plus emblématique pour illustrer les paysages saccagés de notre beau pays ? Des éoliennes, bien sûr ! Et cela dès la une du magazine.

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Je suis un toutefois un peu mauvaise langue, il y a un pylône haute tension, en bas à droite. Ne renonçant à aucun sacrifice, et pour m'amuser au moins autant que pour leur pseudo dénonciation de la dictature des Verts, j'ai acheté ce numéro (3,90 €, je vais ouvrir un Ulule).

Après leur publication la veille de leur une, mon sang n'a fait qu'un tour et j'ai riposté par un petit tweet moqueur de bon aloi, présentant ce qui, à mon avis, rend la France très moche par endroit.

L'éolienne, voilà l'ennemi !

En fait, les lotissements urbains à perte de vue ou les zones commerciales et le bétonnage sont bien évoqués, dans l'édito vidéo d'Yves de Kerdrel notamment et dans un article titré "Laisse béton !", mais les feux sont concentrés sur les éoliennes, les panneaux photovoltaïques et la transition énergétique, si "inutile" puisqu'elle représente une part "négligeable" de notre électricité.

Je m'en voudrais d'être de mauvaise foi, vous me connaissez. Mais force est de constater que VA a pour cible principale un certain type de "mocheté". D'ailleurs, dès l'introduction du dossier, nous retrouvons cette phrase magnifique :

Et c’est l’année suivante que fut créé le ministère de l’Environnement, bien avant que les Verts ne confisquent à leur profit l’écologie en la détournant de son but : la préservation des paysages et du cadre de vie.

Si VA se renseignait, sa rédaction découvrirait que les écologistes dénoncent aussi l'artificialisation des terres, ce département qui disparaît sous le béton tous les 4 ans. C'est un sujet chez FNE, en 2012 pour Eva Joly, Brigitte Allain, une députée écolo, pour tous les écologistes en fait.

Amusons-nous à recenser ce qui n'est pas dans le dossier et que, en tant qu'écolo et néanmoins amoureux des beaux paysages et du patrimoine, nous aurions aimé y trouver.

Pas un mot sur les incinérateurs, ou les décharges.

Pas un mot ni une seule photo à propos de lignes très haute tension ou THT. Iil y a plus de 200 000 pylônes en France, et les lignes THT sont autrement plus dangereuses que des éoliennes, en raison des champs magnétiques.

Pas un mot sur l'agriculture intensive, sachant que c'est tout de même un bouleversement du paysage que la fin des petites exploitations et la naissance des grands champs sans haie.

Pas un mot sur les autoroutes et leurs magnifiques échangeurs, les rocades de contournement urbain, le périphérique parisien. Bref, pas un mot sur les villes défigurées par le tout bagnole ou des parkings en plein centre historique, comme Béthune ou Thionville.

Rien sur les façades des églises (ou d'autres bâtiments historiques) ravagées par la pollution.

Non, VA défend le patrimoine, patrimoine sensiblement limité aux belles collines et aux églises, contre les écologistes qui auraient donc oublié la défense des paysages et contre l'art contemporain, mettant dans le même sac le kitsch d'un rond-point et Jeff Koons au château de Versailles.

L'obsession du vent

Sur les 6 articles qui constituent le dossier, deux ne sont focalisés quasiment que sur les éoliennes, qui font vivre un "enfer" aux riverains. L'interview, en conclusion, cite pas moins de 2 fois ces outils maléfiques. Car rendez-vous compte, il y en aura à côté de Vézelay ! C'est Jésus qui va être fâché.

L'article "Vent de colère sur nos villages" évoque ainsi le cas du petit village d'Antoigné, près de Saumur. Ses 480 habitants n'en peuvent plus depuis que quatre (oui, 4) éoliennes ont été installées ! Morceaux choisis, où l'on l'impression qu'il ne s'agit pas de 4 éoliennes mais d'un dôme qui recouvrirait toute la ville :

  • Vivre au quotidien avec l'une de ces machines devient vite un enfer. A Antoigné, la vue est désormais brisée par ces quatre monstrueuses tours de fer.
  • Il ne faut plus jamais espérer voir un ciel étoilé.
  • Lorsque les éoliennes tournent, impossible de déjeuner dehors ou de faire une soirée avec des amis. Les gens ne veulent plus venir chez nous...

Je n'ai pas souvenir que VA ait un jour écrit un article sur les riverains de centrale nucléaire, ou d'usine Seveso, ni d'une voie rapide. Indignation (très) sélective ? C'est dommage parce que l'article sur l'étalement urbain et les zones commerciales aurait été l'occasion de parler des difficultés à se déplacer pour 8 millions de Français, très bien racontées par Olivier Razemon. Mais pour VA, il faut défendre les "pauvres travailleurs en voiture", alors que justement, les pauvres travailleurs n'ont pas de voiture.

Enfin, c'est assez drôle de lire une telle inquiétude pour les paysages quand on sait que les auteurs de VA ne cessent de réclamer l'exploitation des gaz de schistes en France.

Éléments de langage bien rodés

La parole est donnée à un certain Jean-Louis Butré, président de la Fédération environnement durable (FED), une association anti-éoliennes. Les citations qui émaillent l'article semble sorties tout droit des éléments de langage de FED, présentés en avril 2010 par Rue 89 : Les mots que souffle le lobby anti-éolien à ses sympathisants

Qu'il y ait des abus, des projets mal ficelés, de la corruption : tout le monde en convient, il n'y a pas de raison raison que l'industrie éolienne, depuis la fabrication jusqu'à l'installation, soit plus vertueuse par nature que la construction de piscines, de cheminée ou l'industrie automobile. Mais les erreurs ne sont pas sur 100 % des projets.

La conclusion, en un tweet moqueur :

Commentaires

1. Le vendredi 22 août 2014, 10:52 par Seb

« ce département qui disparaît sous le béton tous les 4 ans » : Une source à ce sujet ? La seule chose que j'ai pu trouver, c'est la disparition de terres agricoles, sur le site de l'agreste, c'est-à-dire que ces surfaces ne sont plus exploitée par l'agriculture ; mais ça ne signifie par pour autant que ces surfaces soit betonnées ! En partie, oui, mais même pas en majorité : en majorité, ces surfaces sont (re)boisées, même si les surfaces urbanisées progressent elles-aussi.

Mais ce que vous dites ici, on le lit partout dans la presse, sans qu'on ne nous donne de sources ; je trouve ça, mais je suppose que l'ifrap, ça ne va pas vous plaire : http://www.ifrap.org/Le-gaspillage-...