Même Los Angeles prévoit de quitter la voiture

Alors que Pécresse promet que si elle devient présidente de la région Île-de-France elle entamera un immense chantier pour plus de routes, histoire de prouver qu'elle voit les déplacements avec des lunettes des années 60...

... la ville de Los Angeles, un des symboles du tout routier aux États-Unis, ses autoroutes à huit voies, son smog et son traffic jam, réfléchit à un plan pour les vingt prochaines années, baptisé Mobility Plan 2035 (disponible dans sa version complète et PDF ; si vous aimez les plans de transports vous allez vous régaler).

Le principe est simple : la ville arrête de privilégier la voiture et (re)donne de la place aux piétons, aux vélos, aux bus ; bref, aux moyens de déplacement doux ou actifs et aux transports collectifs. Rien de complètement dingue non plus : des voies de bus, des pistes cyclables, la prise en compte des déplacements piétons.

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Ce plan ne tombe pas du ciel, l'État de Californie a adopté en 2008 le principe du "Complete Streets", qui demande aux collectivités locales d'agir pour un réseau de transports multimodal et équilibré répondant aux besoins de tous les usagers des rues, des routes, des autoroutes, de manière à inclure les automobilistes, les piétons, les cyclistes, les enfants, les personnes à mobilité réduite (PMR), les personnes âgées, les livreurs et les usagers des transports publics, d'une manière adaptée aux contextes urbains, semi-urbains ou ruraux (traduction approximative).

Voici la traduction de l'introduction et des buts de ce plan qui devrait redessiner la mégapole pour le siècle. Vous y verrez beaucoup de points communs avec des questionnements parisiens et plus généralement européens, et des points exotiques tant la configuration des villes sont différentes entre les deux continents.

Initiatives stratégiques clés

J'ai sélectionné les plus parlantes, pour la liste complète reportez-vous au PDF du brouillon, page 7.

  • Poser les fondations d'un réseau de "Complete Streets" et établir un nouveau standard de "Complete Streets" qui permettront des déplacements sûrs et efficaces pour les piétons (surtout les personnes vulnérables comme les personnes âgées, les enfants et les PMR), les cyclistes, les usagers des transports en commun, ainsi que les conducteurs de voitures ou de camions.
  • Prendre en considération le lien fort entre utilisation des terrains et les besoins en transports.
  • Promouvoir les connexions "premier kilomètre - dernier kilomètre"
  • Augmenter l'utilisation des nouvelles technologies (applications, information en temps réel) et l'orientation pour augmenter la connaissance et l'accès aux options de parking et de multimodalité des déplacements (autopartage, vélos en libre-service, covoiturage, bus et métro, RER, marche, vélo et voiture individuelle).
  • Augmenter le rôle des rues comme un espace public.

Le plan est ensuite traduit en six objectifs, chacun ayant sa stratégie propre. S'il n'y avait pas 180 pages ensuite très détaillées, cela pourrait passer pour des vœux pieux, mais ce n'est visiblement pas le cas.

  1. La sécurité avant tout
  2. Des infrastructures de classe mondiale
  3. Un accès garanti à tous les Angelenos
  4. Les choix sont concertés, communiqués et diffusés
  5. Un environnement propre
  6. Des investissements intelligents

Un plan timide mais un engagement du maire

Toutefois, la déclinaison locale de Streetblogs pour LA (visiblement un réseau de blogs sur les transports urbains aux États-Unis) n'est pas enthousiaste et regrette l'utilisation du conditionnel et de mots faibles, qui n'engageront jamais juridiquement la collectivité à appliquer ce qui figure dans le plan. Surtout que les auteurs comparent avec le vocabulaire d'un plan pour les autoroutes sorti en 1999, avec uniquement de l'indicatif et des directives beaucoup plus précises.

Si vous lisez l'anglais : L.A.’s Draft Mobility Plan 2035: A Concrete Future Direction?

Un article plus récent met l'accent sur l'engagement tout de même réel du maire de Los Angeles, Eric Garcetti[1], et l'intérêt national qui y est porté.

"Le vieux modèle du tout automobile, avec le zonage de quartiers dédiés à une tâche unique, s'étiole actuellement, que nous le voulions ou non, a dit M. Garcetti (le maire de LA). Nous devons tendre vers des quartiers plus autosuffisants. Les gens veulent pouvoir marcher, pédaler ou prendre un bus pour aller voir un film."

[...]

Le paysage urbain change déjà. M. Garcetti s'est rendu récemment à East Los Angeles pour y signer une directive fixant l'objectif zéro mort de la route d'ici à 10 ans. Des feux tricolores ont été ajoutés dans les rues derrière lui, des courbes améliorées, et une plus grande sévérité sur les vitesses limites a été promise pour toute la ville.

Los Angeles part de loin, 80 % des déplacements pendulaires domicile-travail se font encore en voiture, mais des progrès sont observés, comme l'augmentation de 56 % de travailleurs à vélo entre 2000 et 2010 ou encore la planification ou l'exécution actuelle de cinq nouvelles lignes de métro.

Bien évidemment, la version locale de 40 millions d'automobilistes, pompeusement appelée "Fix the City", veut attaquer le plan devant les tribunaux. Espérons que ces adeptes du vroum-vroum n'obtiendront pas gain de cause, malgré des victoires obtenues dans le passé contre des petits projets "anti-voitures".

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Photos :

Note

[1] Si vous avez vu The Wire, ce nom évoque quelque chose pour vous ;-)